Les abris souterrains
Plus qu’ailleurs, le souvenir des bombardements de la première guerre mondiale était vivace à Lens. De simples particuliers se sont donc employés très tôt à construire des abris souterrains pour protéger leurs familles. Cette disposition a été très vite suivie par les services de l’État relayés par la municipalité.
La défense passive comprend toutes les démarches effectuées en vue de protéger la population : mesure pour l’extinction des lumières, protection contre les gaz, système de guet en haut de l’église Saint Léger, ainsi que la construction d’abris. Des notices concernant l’utilisation des masques à gaz, des plans pour installer des dispositifs d’étaiement de cave sont diffusés auprès de la population. Un recensement de la population située aux abords de la gare, zone la plus sensible de la ville est également effectuée discrètement. En cas de danger, il était prévu d’évacuer 1300 personnes vers Bouviny-Boyeffles, Servins et Frémicourt.
Dans un premier temps, la ville de Lens a fait construire de simples tranchées dans les cours des écoles. Pour protéger les enfants, neuf abris contenant 2700 places sont réalisés. D’autres tranchées sont faites sur des places afin de permettre aux habitants de maisons semi-provisoires de pouvoir s’abriter. En effet, les habitants des cités hollandaises et Chouard construites au lendemain de la première guerre mondiale ne comportaient pas de caves. Deux tranchées, soit 700 places sont faites à la cité hollandaise, trois – 900 places – à la cité Chouard. D’autres tranchées sont prévues sur certaines places. Sur diverses cartes postales, on distingue nettement le tracé en zigzag de la tranchée sise devant l’église Saint Léger. Enfin des abris légers sont aménagés sous certaines constructions : onze caves appartenant à des propriétaires privés sont aménagées pour devenir des abris publics. Les caves de l’hôtel de ville servent à l’installation d’un centre de soin.
Cette configuration, tranchées et abris légers montre ses limites lors du bombardement du 16 juin 1944 qui causa 40 victimes. Le conseil municipal décide alors de la construction d’abris plus profonds et plus résistants dans trois quartiers de la ville : Bollaert, Cantin, centre ville. Il décide également la réutilisation d’un égout abandonné lors de la reconstruction. Aménagé, il permettrait la construction de deux abris : un entre la rue Uriane Soriaux et la rue du Quatorze Juillet et l’autre entre les rues François Huleux et Champs de Mars.
Un projet comprend 2,5 km de galeries pour un coût de quatre millions de francs est envisagé avec la construction de sept abris. L’abri dit A est celui de la place Jean Jaurès redécouvert le 19 juin 2003 lors de travaux d’embellissement du mail piétonnier. C’était le plus grand – à lui seul il aurait mesuré 1100 m. Les galeries auraient circulé sous la rue Séraphin Cordier et la place Jean Jaurès. Une antenne vers le nord aurait menée jusqu’à la rue François Gautier, celle du sud vers la place de la République et celle de l’est jusqu’au rond point du chapitre en passant par la rue Voltaire. Seul 300 mètres de galeries ont été découvert, une grande partie du projet n’ayant pas eu le temps d’être réalisé. Sous la place Jean Jaurès, la plus longue galerie mesure 250 mètres. Elle était accessible après avoir descendu un escalier de 58 marches. La galerie était flanquée de trois couloirs constitué de murs de briques renforce par des voûtes en béton. Les travaux ne furent jamais achevés et ne purent servir lors des terribles bombardements du 11 août 1944.
Les autres abris construits par la ville auraient été situés rue Zola, rue Bollaert, à proximité de la route d’Arras, de la rue Paul Bert, de la rue Mansart et enfin près des fours à chaux. Ces souterrains sont plus petits 100 mètres (250 mètres pour celui de la rue Bollaert) seule la galerie rue Zola et celle de la rue Mansart sont plus importants respectivement 450 et 400 mètres.
Le but était que tous les habitants du centre ville soient à moins de 100 mètres d’une entrée d’abris. Les souterrains sont établis aussi en fonction des facilités de creusement et d’évacuation des déblais par le chemin de fer.
L’abri doit nécessairement se situer entre 10 et 25 mètres de profondeur : au-delà il serait sous le niveau des eaux, en deçà la protection serait insuffisante. C’est pourquoi, les souterrains de la place Jean Jaurès sont à 14 mètres
Les mines de Lens ont construit quant à elle neuf abris, mais celà dans un but précis rappelés lors d’une correspondance entre la ville et la compagnie « en réponse, j’ai l’honneur de vous faire part qu’il ne m’appartient pas d’assurer la défense passive des habitants de Lens ; je n’ai à m’occuper que de nos ouvriers et ce, uniquement pendant les heures de travail » la lettre se poursuit « je n’envisage pas de fournir des masques, ni à la population des cités, ni même aux ouvriers lorsqu’ils seront chez eux ; je n’envisage pas de construire des abris dans les cités. Si ces travaux doivent être faits, ils doivent l’être par vos soins. » Les abris installés dans la partie minière de la ville sont sous les fosses 2 et 4, dans les cités 2, 4, 9, 14, 12, 11 et 12 bis. Cela fait un total de 3280 km pour un coût de 7 à 8 millions.
Si les travaux avaient été réalisés, la longueur de tous les souterrains aurait atteint six km pouvant ainsi abriter théoriquement la totalité de la population lensoise à raison de 4 personnes au mètre carré.
Quant à l’hypothèse que les souterrains dateraient en partie de la première guerre mondiale, elle reste sujette à débat en attendant des recherches archéologiques ou historiques plus approfondies.
Les abris de la place du Cantin
On en a creusé devant la maison syndicale (cf. article sur la fontaine Pierrechon).
En novembre 2005, lors des travaux de mise aux normes de la place du marché, on en a découvert devant l’école Carnot. Ils n’ont pas fait l’objet d’une attention particulière et ont été condamnés.
Les abris de la place Jean Jaurès
Beaucoup plus importants, les abris de la place Jean Jaurès ont été découverts le 19 juin 2003 lors des travaux d’embellissement du mail piétonnier. Une trape à été aménagée pour y permettre un accès facile.
Ces galeries souterraines constitueraient une partie du réseau d’abris souterrains destinés à protéger la population civile pendant la seconde guerre mondiale.
Il s’agit sous la place Jean Jaurès, d’une longue galerie de 250 m. accessible après avoir descendu un escalier de 58 marches, avec trois couloirs de part et d’autre. Ces couloirs sont constitués de murs de briques renforcés par des voûtes en béton.
Les voûtes en briques dateraient de la première guerre mondiale et auraient, à l’époque été aménagées par les Allemands, tandis que les renforts en béton auraient été réalisés par les mineurs et la défense passive durant la seconde guerre mondiale.
Les plans de ces travaux ont été élaborés par Monsieur PANTIGNY, l’architecte municipal. Ces travaux auraient été réalisés en 1944 par la Société des Mines de Lens. Mais dès 1939, le conseil municipal de Lens avait délibéré en faveur de la construction de tranchées de défense passive et prévoyait pour cela l’achat de matériaux (ciment, bois, sable, fer…).
Le programme élaboré par la Ville prévoyait au total la construction de 2,6 kilomètres de souterrains pouvant abriter plus de 9 500 personnes. Ce réseau devait s’étendre jusqu’à la gare Sainte-Elisabeth. Une convention entre les Mines et la Ville prévoyait que les Mines devaient fournir la main d’œuvre nécessaire à la construction. Les salaires des ouvriers seraient remboursés ultérieurement par l’Etat.
Les travaux n’étaient pas achevés au moment du bombardement du 11 août 1944.
auteur(s): - Mémoire de Lens (Christophe LefÚvre) -
Dernières modifications le 20 février 2008 à 17h02